Cet article a été écrit dans le cadre des cours de journalisme « web ». Il se veut pédagogique (pour que ma mère comprenne). 

Le flow, la technique, les lyrics, l’impro, le charisme, l’aura… Il en faut des compétences pour être un bon rappeur. End of the Weak a organisé lundi 7 mars une soirée spéciale Dream Team, avec les champions de France et du monde, RES Turner, Artik, et Yoshi Di Original, qui se sont affrontés sur les cinq épreuves du tremplin mondial. Quelles sont ces compétences qui font d’un rappeur, un champion ?

End of the Weak est né en 2000 dans l’arrière salle d’un restaurant à New York. Quatre ans plus tard, le tremplin s’est importé en France, et il donne aujourd’hui la visibilité à des artistes “qui ont des capacités hors normes et sous médiatisés.” Dj Keri, aux platines des soirées EOW, est présent depuis le début de l’aventure française. “La particularité du EOW  c’est qu’il est ouvert à tout le monde, sans discrimination de niveau. Parfois, cela ralenti nos soirées car le niveau n’est pas forcément bon mais tu as de très belles histoires, avec un mec venu par hasard, et fini par l’emporter alors qu’il ne devait même pas monter sur scène.”

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Avant toute chose, un rappeur est écrivain. Les paroles ou lyrics sont le pilier du bon MC. La qualité varie en fonction du sens, de l’originalité, et de la construction du texte : les schémas de rimes, que l’on connaît en poésie par exemple. La comparaison avec la littérature est évidente : un rappeur peut faire preuve d’humour, d’ironie, utiliser des figures de style comme celle étudier à l’école : les métaphores, allitérations, assonances, oxymores… Le texte est d’autant plus important qu’il est dit, ou “poser” sur de la musique. La puissance des syllabes et des mots prend alors son sens.

Lors de l’épreuve du texte écrit, le MC vient avec le texte de son choix, et le pose sur une instrumentale au hasard. Un exercice assez facile puisqu’il peut être préparé à l’avance, le thème est libre. C’est l’occasion d’exposer ses qualités d’écriture ainsi que son univers, sa créativité.

Artik “Le 1er champion du monde, de l’histoire”

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Sans accompagnement

L’épreuve a capella, quand on ne connaît pas, on ne sait pas forcément à quoi elle sert, et quelle la différence avec celle du texte écrit. Il est bien plus difficile d’impressionner un public et un jury sans prod, sans son, sans mélodie, juste avec sa voix. Imaginez Kaaris sans la musique. L’art du beatmaking est une part centrale du hip hop dans le monde entier, procurer une émotion ou un sentiment au public sans la musique est très difficile.

Lors de la soirée Dream Team du lundi 7 avril, le double champion du monde (2013 et 2015) RES Turner a fait preuve d’une grande finesse lors de cette épreuve, avec notamment des jeux de sonorités, en éloignant par exemple son micro pour imiter l’écho. Une minute pendant laquelle le public du New Morning est resté bouche bée.

Vient ensuite l’improvisation. 2 minutes pendant lesquels les artistes sortent d’un sac opaque cinq objets. Une épreuve redoutée des participants. “Les artistes ont le moins de contrôle sur la situation, c’est donc celle qui génère le plus de stress.” DJ Keri balance une prod au hasard, et c’est parti. Gabriel, a.k.a L’ourson du groupe Kaïoshin, est arrivé 2ème de Paris en 2014. Cette épreuve, il s’en souvient. “Le freestyle bag, c’est le plus difficile parce que tu dois concentrer toute ton attention et épurer au maximum ton flow, tes phases, tes lyrics et tes rimes.”

MC VERSUS DJ : Le flow mis à l’épreuve

Accélération, coupures, changement de prod… L’objectif du DJ : mettre en difficulté le MC en modifiant le tempo, pour qu’il adapte sa cadence et son flow. Mais, le flow… c’est quoi ? Ni plus ni moins que le débit : la vitesse, et la manière.

Certains excellent. “Naturellement, j’arrive très bien à kicker sur tous type de tempo et je balance mon univers lyricale par dessus. En général ça fonctionne très bien.” L’aisance de Gabriel, tous les participants ne l’ont pas. Manque de souffle, perte du rythme… Ce “rodéo lyrical” demande une grande concentration, et parfois les MC s’arrêtent, et le DJ l’ »emporte ».

La dernière des dernières : les MCs, à deux, font tourner le micro toutes les 4 mesures. C’est le Cypha Skills. Trois tours pendant lesquels les deux participants doivent se renvoyer la balle.

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Et après ?

Un nombre incalculable de grands rappeurs français sont passés par ce tremplin. Comme Nekfeu, aujourd’hui disque de platine. “Nekfeu s’est souvent qualifié mais n’a jamais remporté un EOW. Néanmoins son talent est indéniable.” Georgio, Guizmo, Oli, Alpha Wann, Deen Burbigo, VALD, Yoshi, Kenyon… Tous sont passés par là à leurs débuts, et ont pu par la suite affirmer leurs identités artistiques.

Le concours international est une porte d’entrée pour les rappeurs. Une opportunité de montrer ses capacités sur scène, mais comme dit DJ Keri “Si tu remportes un EOW, ça veut dire que tu as de sacrées compétences sur scène. Maintenant le chef d’orchestre de ces compétences, c’est le MC. Seul lui saura comment les employer et les mettre à profit pour réussir.”

Marie de Brauer

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